[...] Elise gisait. Il y avait un trou minuscule dans son crâne et un pistolet sous son coude. Ses cheveux étaient devenus rouges. Ses joues étaient creuses, et ses mains raides. Née pour être belle, destinée à être femme, maintenant livrée à l'habitude la mort. La flamme du briquet lui vouait des airs orange, son oeil se perdait dans les airs. [...] La barbaque bouge. Bestiole n'est point tout à fait morte. Ses minutes sont comptées. Elle susurre. Elle n'est qu'un nerf. [...] Sa voix se brise sur chaque mot, en mille morceaux.
- Je te demande pardon... dit-elle.
Je ne réponds rien. Je ne veux pas de son sale pardon. Je me penche cyniquement vers elle. Elise glisse un peu de son ombre blessée le long de mes lèvres. Nous nous embrassons. Je suis engourdi par un sommeil qui m'empoigne jusqu'au dégoût. Je dégrafe mécaniquement sa petite robe de chambre ensanglantée. Elle parvient à pleurer. Elle observe dans mes yeux son corps déjà mort, famélique, aux seins distendus. Elle est nue, devant moi. [...] Je l'embrasse encore, elle gémit. Je lui fait la dernière piqure. Le sérum que je lui inocule au milieu des transes a l'arôme de la fin. Je fait la mort à ma femme. Elle n'est plus qu'un simple soupir, je quitte la chambre.
" Les Cimetières sont des champs de fleurs "
Chapitre 1, Troisième partie. Yann MOIX
Les hommes n'immaginent pas à quel point ils peuvent nous faire souffrir.
Gilbert Dandieu le savait, lui.